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Théâtre de la vie quotidienne, comédie du monde, pensées comiques et tragiques... Un blog libre par Eric ZOBEL, metteur en scène et artiste (pervers) polymorphe.
Mercredi 20 août 2008


Le 20 août 2008, les membres de l'assemblée Constituante, c'est-à-dire moi seul,  réuni au Je du Paumé ont adopté la présente déclaration subjectivement universelle de l'erreur.


Article I

Les hommes naissent libres, égaux et errants en droits.

Article II

Cela vous aide quand même un peu si vous êtes bien né.

Article III

Errants de prolétaires, fils et fille de rien ou de pas grand chose, ne prenez pas l'article II comme un prétexte pour ne rien faire. Et surtout ne passez pas votre vie à fulminer contre les riches, les puissants, les cultivés, les hommes à femmes, les femmes à hommes, les hommes à hommes, les femmes à femmes, les chiens et les chats et les socialistes, personne n'est parfait.

Article IV

Considérant que l'Assemblée Nationale de la Divine Conception a délibéré par erreur lors de sa décision de faire l'homme et que subséquemment, l'homme est une erreur pour l'homme, les signataires de la présente déclaration considèrent que :

L'homme a le droit universel, imprescriptible et inaliénable à l'erreur.

Article V

L'erreur est humaine autant que l'homme est errant.

Article VI

L'erreur est déclarée bénéfique et souhaitable pour le genre humain.
Ceux qui l'évitent sont des animaux, des robots nerveux, des mannequins de chair et d'os assemblés. Et les membres de la dite assemblée ne veulent même pas leur faire la bise ni leur présenter leur joue mal rasée.

Article V

L'erreur est au fondement de toute invention technique , de toute création artistique.

Article VI

Il sera voté des lois, des règlements et des techniques (notamment  la technique de la danse classique et la logique d'Aristote) pour que les hommes puissent les enfreindre et commettre ainsi des erreurs.



Fait à Lyon (ville fondée par erreur), le 20 août 2008 (si je ne m'abuse)



par Eric publié dans : Fantaisie communauté : Le clan des très littéraires
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Lundi 18 août 2008



Héééé Pardon Scusez-moi ! Mesdames Messieurs ! Ouah j’ai fait une entrée en fanfare ! Bon excusez d’interrompre la fête là, c’est pour faire une annonce. Bon, voilà, non mais c’est pas pour rigoler, c’est sérieux. Est-ce que vousavez pas vu pas tout ? Pa-tou ?Pas-vu-Pa-tou ? Quelqu’un a pas vu Patou ? Pourquoi vous rigolez, c’est une annonce sérieuse ! (Elle découvre la fleur dans sa main :) Oh ! mais c’est de mon amoureux ! Oh ! Patou… (Pendant la danse de la fleur) Oh mais… J’m’amuse ! J’m’amuse !

 

 

Bon ben c’est pas  ça qui va m’ramener Patou. Alors j’vous explique, Patou c’est mon amoureux. Y’en a qui ont lu sur une affiche « Zéa recherche Droomy », mais ça c’est une vieille affiche, Droomy c’est mon ancien amoureux. Aujourd'hui c'est Patou, ben oui, ça change, c'est la vie,  les rencontres, les ruptures, les captures, la nature ! Patou c’est pas pareil. (soupir). Patou il a une pâtisserie dans un autre quartier de la grande ville qui était pas grande au début et qui d’un coup elle a poussé comme une fleur… une grosse fleur. Alors on avait rendez-vous ici Place des Capuchiens, au début de la fanfare. Patou m’a dit : « Chérie, rendez-vous place des capucins pour la fête, ça va démarrer en fanfare ! ». Il est drôle ! Mais drôôôle !… J’m’amuse ! J’m’amuse ! Bon… Bah tiens j’y pense… J’espère qu’il m’a fait le coup d’aller travailler ! Alors lui il travaille tout le temps, il m’dit toi « tu penses qu’à t’amuser, moi je bôsse, p’tite. » Ah là là, Il est marrant quand il s’énerve…Patou… (elle rit) J’m’amuse ! J’m’amuse ! J’espère qu’il m’a pas fait le coup d’aller travailler et qu’il a oublié le rendez-vous ! Parce que bon il m’appelle « ma petite cerise sur le gâteau », mais c’est pour qui le gateau ? c’est quoi le gâteau ? je suis un peu jalouse du gâteau moi. Au fait, en parlant de gâteaux, les gâteaux de Patou ! J’ai  pas assez de points d’exclamation pour les décrire ! Ils sont si bons, ils sont d’une bonté ! J’adore ! D’ailleurs c’est à ça que je reconnais Patou souvent : il a l’odeur du gâteau, ça m’attire. (elle rit comme une folle) J’m’amuse ! J’m’amuse ! Bon v’nez avec moi, on va chercher Patou.

 

(Jeu de la Patrouille)

 

 

Oui !!! Stop !!! (Elle découvre un monsieur dans le public) Il lui RESSEMBLE ! (Elle s’approche de lui) Vous avez de la chance, vous ressemblez à Patou ! (on lui apporte sa malette).

Vous êtes pas pâtissier par hasard ? J’m’amuse  ! Vous êtes aussi beau que lui, presque. Patou il est très beau de partout sauf les fesses. Les fesses à Patou j’aime pas, elles sont trop poilues. C’est le truc qu’j’aime pas chez lui. Et vous ça va, les fesses ? (Un temps passe comme entre deux amoureux sur une barque vénitienne)

J’peux vous chanter une chanson ?  Quand nous chanterons le temps des cerises… Alors regarde je te montre le mot de Patou (elle sort sa malette, elle cherche et finalement trouve une robe et s’exclame dessus et fait la belle puis elle drague le monsieur avec sa manière très personnelle) (romantique) C’est beau hein cette fête ? C’est quoi après ? J’ai le programme dans la malette,  je vais le chercher. (Elle essaie de soulever sa malette, elle est trop lourde. Elle abandonne. Un temps. Elle fait les yeux doux au monsieur). Vous pourriez pas m’aider s’il vous plaît ? (Il l’aide à soulever sa malette, elle met la malette sur ses genoux et l’ouvre, farfouillant  dans le fouillis) Le pro…gramme… le… programme. (Elle trouve une robe à la place). Oh ! regardez ce que j’ai trouvé. (Elle sort une robe kitsch, elle la montre au monsieur fière et un peu sexy comme si elle revenait de faire les soldes de printemps. Après avoir pavoisé, elle remet la robe dans la malette et ferme la malette). Oh j’ai oublié le programme ! Enfin c’est pas grave. Tant qu’on s’amuse. C’est beau hein cette fête ?

Alors ici c’est la place  des Capuchiens ? Mais j’vois pas de Capuchiens… C’est quoi un Capuchien ? C’est quelqu’un qui porte une capuche ? Ben là il fait un beau soleil, pas la peine. Ah je sais : ça s’appelle comme ça à cause des chiens qui font partout dans le quartier, c’est pas ça hein ? alors y’a des gens qui ramassent et d’autres qui ramassent pas, et ça c’est nul parce qu’après c’est les chaussures qui ramassent, et c’est plus des trottoirs ma bonne dame, c’est des tartines qu’on a ! (Un temps puis très rapide) Et puis on m’a dit - j’ai entendu dire - y’en a qui disent.. que c’est un quartier bizarre : tu dois pas faire trop de bruit et de musique sinon ils t’engueulent ils disent : « on peut pas dormir » mais si tu fais pas de musique du tout, ils t’engueulent aussi ils disent : « c’est mort, ce quartier». Oh la la c’est compliqué, moi dans mon quartier c’est plus simple, y’a juste une pâtisserie et une fontaine, comme ça tu peux manger et boire après parce que les pâtisseries de mon amoureux c’est étouffe-belle-mère ! Alors c’est pour ça qu’il met des cerises sur les gâteaux… Bon en parlant de cerises, ça te dit qu’on aille en cueillir ensemble ? (elle part avec lui )

 

Elle lui lâche la main, puis  revient en courant et dit au public : Eh euh voilà, est-ce que vous pouvez dire à Patou si vous le voyez que je suis partie travailler. (elle part rejoindre l'homme et l'entraîne en coulisses)


(c) Eric Zobel, juin 2006, écriture mise en scène de la clown Zéa à l'occasion de la Fête de quartier des Capucins, à Lyon.

Retrouvez la clown Zéa sur son site : http://www.leprintempssouffle.com/

par Eric publié dans : Fantaisie communauté : Le spectacle vivant
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Dimanche 17 août 2008

Je suis toujours en attente de vos votes afin de disserter sur ce qui vous intéressera. Alors votez (voir les propositions d'articles) !

Pour ce soir je vais vous raconter une anecdote sur David Warrilow. David Warrilow était un comédien irlandais né en 1934 et décédé en 1995. Il fut l'un des interprètes les plus impressionnants de l'oeuvre de Samuel Beckett. Beckett a écrit pour lui Solo (un monologue) en 1979. Sa lecture en français de Solo : une voix profonde, rocailleuse, haletante. David Warrilow était d'un bilinguisme parfait qui fascinait Beckett (il faut le faire !). Il a joué au théâtre sous la direction de Jouhanneau, ainsi que (dit Wikipédia) dans :

Les Derniers Jours d'Emmanuel Kant (1993) de Philippe Collin, Barton Fink (1991) de Joel Cohen,Buster's Bedroom (1991) de Rebecca Horn, Radio Days (1987) de Woody Allen, Le Dépeupleur (1984) de David Warrilow (adaptation filmique du roman de Samuel Beckett).


Comme vous le constatez dans les dates précédentes, le comédien a eu une carrière tardive. A ce propos, je voulais vous raconter  une anedocte vitale (comme dit Niezsche) sur David Warrilow que j'ai lu dans une interview qu'il a donné à Edith Fournier. Avant de jouer la comédie, il a exercé de nombreux métiers qui n'avaient rien à voir avec le théâtre.


Ce qui m'a intéressé dans cette interview c'est qu'il dit qu'il a commencé le théâtre à 36 ans, après avoir été notamment typographe. Une nouvelle vie a commencé alors à cet âge. Or, dit-il depuis l'enfance, il était persuadé qu'il allait mourir à 36 ans. Etonnant, non ?




Extrait des Derniers Jours d'Emmanuel Kant avec David Warrilow



et vous pouvez aussi écouter sa voix dans Solo sur son (prétendu) MySpace et entendre des interviews (notamment sur sa vocation d'écrivain etc.)


Laissez des commentaires sur les sujets que je vous ai proposés pour que je sache de quoi vous parler demain, sinon je vous parlerai encore de bottes. 
par Eric publié dans : Esthétique théâtrale communauté : Theatres
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Vendredi 15 août 2008


J’avais envie de parler d’une activité qui occupe une bonne partie de mon temps et qui de plus est une partie importante de mon œuvre, je veux dire du centre de formation artistique que j’ai monté à Lyon, mais je crois que ça ne va pas être possible ce soir parce que je suis en train d’écouter Madonna et que vraiment il est tout à fait impossible de se concentrer cinq minutes. Alors j’en profite pour vous donner le menu des prochains articles qui collent au plus près de l’in-actualité. Je vous propose de voter afin de me dire à quels articles vous souhaitez que je m’attache en premier :

 

En 1, un article sur l’art d’accorder les mets c’est-à-dire sur le centre de formation Arts en Scène (ce sera votre privilège de visiteurs de cet humble blog de pouvoir lire en avant-première mon discours tant attendu de rentrée !)

 

En 2, un article très modéré qui fera le constat d'un manque de nerfs du monde culturel lyonnais (artistes et responsables). D'où l'idée que nous mangions tous de la viande de taureau avant 2013. 

En 3, un hommage à Mamhoud Darwich

 

En 4, un hommage à Julyen Hamilton, improvisateur et penseur européen, mon maître inconnu.

 
En 5, quelques mots sur le mime.


En 6, si vous êtes suffisamment participatifs, je vous livrerai un  article très centriste sur les media que j’ai écrit pour le journal …491 il y a quelques années et qui m’a valu d’être célèbre jusque sur l’avenue du Président Kennedy puisque je me suis fait incendier par un journaliste de France Culture…

 

 

Enfin que voulez-vous, ce satané tempérament méditerranéen… Mais quand même on s’ennuie moins à me lire qu’en lisant le Progrès ou une interview d'un sportif des JO, non ?

 

Alors 1, 2, 3, 4, 5 ou 6 : exprimez-vous, à vos votes, citoyens !

 

par Eric publié dans : Fantaisie communauté : Lyon !!
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Mercredi 13 août 2008

Dans la série "Nostalgie" et "j'écris mes mémoires".

C'est le titre d'un spectacle créé en 2003 et re-joué à Berlin en 2006. Avec David Lakein et moi-même.

C'était un spectacle interactif qui explorait les ratés de toute représentation théâtrale et qui mettait en scène deux ratés, deux fous furieux, l'un blanc, l'autre Auguste, deux clowns du décalage.

Le titre est un hommage à l'étoile montante de la danse contemporaine snob et au mari de Yoko Ohno qui était dit-il lui-même un "jealous guy", chanson qui nous plaisait.

A Lyon, le public arrivait au théâtre et les acteurs n'étaient pas prêts. Ils invitaient alors le public dans leur appartement (en fait, un appartement au 5ème étage au-dessus du théâtre) et là le public patientait, un peu étonné de se retrouver dans l'intimité de Boris et John. Tandis que John prenait une douche en chantant, Boris regardait la télévision et servait du thé au public.

Puis représentations au Festival de Ponderosa entre Allemagne et Pologne.

Et enfin... représentations au Ballhaus theater à Berlin, dans le quartier turc. Un théâtre étonnant tout de blanc vêtu, une ancienne salle de bal de la ville qui résonnait encore des pas des danseurs.

A Berlin, John arrivait en retard parce qu'il était resté trop longtemps à la synagogue tandis que Boris (c'était moi), le soir suivant, arrivait en retard parce qu'il passait son temps sur internet.

Voici la lettre d'excuse de Boris que  John lisait en allemand au public :

Cher John,


Je t’écris ce petit mot pour te dire que je vais probablement être un petit peu en retard ce soir pour le début du spectacle. J’espère que tu ne m’en voudras pas mais je viens juste de retrouver ma carte de connexion au Global Internet Café. Il me reste trois heures de jouissance d’internet dessus ! Comme il est 17h11 il se peut que j’arrive un peu un retard à l’expiration de ces trois heures de Bonheur absolu.
Le temps de finir cette lettre et le temps de faire l’aller-retour, et je serai avec toi en chair et en os pour commencer le spectacle. Je suis sûr que tu sauras mettre à profit tes kilo octets de créativité pour occuper le public avec un playful show.

Je ressens sais-tu un appel très puissant vers l’écran d’ordinateur the call of the Windows blue screen you know…

Comme le marin a besoin de la mer, l’amoureux de sa Belle, l’ivrogne de sa bouteille, le strip teaser du strass et des regards libidineux, j’ai besoin de mon clavier et de ma beloved mouse.

Je veux me retrouver dans cet espace temps où le temps n’existe pas, où tout est à portée de main et tout disponible à la seconde. Les cerveaux dans cette Verklichkleit sont comme connectés par United Network of Huge Thoughts en Wi-fi. Je fais partie d’une communauté virtuelle où j’ai tout plein d’amis qui durent le temps d’une connexion, d’un e-chat… Rien pas même les corps ne ralentit le débit de ces échanges sur-humains.

Voilà donc le Dasein de ton ami Boris, imagine le dans son café au milieu de ces ordinateurs si beaux, si parfaits et au ronflement charmant. Toute cette communauté virtuelle me manque tellement ; je ne peux pas m’en passer.

Il faut que j’arrête là cette missive si je ne veux pas être encore plus en retard, mais j’espère que tu ne m’en voudras  pas mon ami et que tu sauras être compréhensif avec ton ami.

Je t’embrasse John, à tout à l’heure.

par Eric publié dans : Esthétique théâtrale communauté : Création contemporaine. Art
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Mardi 12 août 2008


Voici une histoire courte pour évoquer cet art de la catastrophe, l’art subtil et sublime du clown. Paradoxalement, ce billet parlera beaucoup d’insectes.

 

Le clown est léger comme un papillon. Il faut pourtant se méfier des papillons. Il est dit dans l’Evangile de la Science contemporaine : « un battement d’aile de papillon à Tokyo peut déclencher une tornade en Floride. ». C’est donc un insecte dangereux, doué de la force de la théorie du chaos, il n’a même plus besoin de Dieu pour provoquer des catastrophes à l’autre bout de la planète.

 

Nous allons maintenant étudier les mouches. L’insecte a fait irruption dans le théâtre contemporain et a sans doute changé à jamais l’histoire du théâtre du XXème et XXIème siècle. Dans le grimoire d’un vieux philosophe, écrivain de théâtre à ses heures perdues,  des mouches se sont introduites et ont dérobé le nom et l’histoire d’une tragédie grecque. Après des recherches approfondies, les experts évangéliques de la littérature ancienne, n’ont jamais retrouvé l’original. A un autre moment, sans doute pour nous soulager par avance de l’univers intellectuel, abstrait et abscons des futurs Lagarce et consorts, les mouches se sont introduites dans un tableau des Paravents de Jean Genet. Mieux que les pleureuses, elles ont pleuré les morts d’Algérie et ont, par leur seule présence, rendu un hommage grandiose à la puanteur et au sordide. Il faut te rappeler, cher théâtreux adorateur du Grand Siècle, que Versailles aussi puait autant qu’aujourd’hui les usines de la Mède près de Marseille. Corneille, Racine, Molière que tu prises tant et que tu lis dans l’édition de la Pléiade qui se souvient du parfum subtil des mains de ta charmante libraire, et bien ces hommes, ces personnes puaient plus qu’il n’est possible de le dire, et aussi avaient leur Cour de mouches et moucherons, satellites flagorneurs qui voletaient autour d’eux.

 

Revenons à la mouche. Lecteur (ou lectrice), connais-tu ce film américain de science-fiction sorti dans les années 80 et dont le scénario est époustouflant. C’est une histoire qui m’a beaucoup impressionné et dont je garde le souvenir impérissable. Un homme, plutôt que de prendre bêtement le métro, souhaite se télé-transporter à un autre endroit de la terre grâce à une machine à télé-transportation. D’après les écrits apocryphes de la Science contemporaine, la télé-transportation consiste à détruire à un endroit X tous les atomes présents, qu’ils soient ou non crochus, on s’en fiche. Puis la machine s’en souvient et reconstitue de mémoire à un endroit Y le bonhomme et ses atomes ainsi transportés. Cette théorie est fondée sur l’idée que la matière peut être décrite et réduite en informations comme on scanne une image sur un ordinateur et qu’on la télé-transporte ailleurs. Bonsoir Monsieur Laplace et Monsieur Bill Gates. Donc, dans le film américain, au moment de la télé-transportation, une mouche s’était glissée dans la cabine. Et au résultat, la machine s’est emmêlé les pinceaux comme Picasso et ses Minotaures, et l’homme est devenu un homme-mouche. L’histoire ne dit pas si celui-ci avait des amis hommes-grenouilles qui nageaient la nage du papillon mais peu nous chaut.

 

Revenons enfin au clown. Art de l’imprévu, de l’imprévisible, art de « la sensibilité aux conditions initiales », un petit rien pour un grand spectacle. Il y a quelques semaines, je dirigeai un stage de clown pour les adultes dans lequel les participants étaient particulièrement attachants, travailleurs et doués. Ce qui fait la quintessence du clown c’est « le juste avant » (et aussi le « juste après ») pour parler comme mon maître Julyen Hamilton. Or ce « juste avant » c’est l’entrée, la naissance du clown à la scène. Nous regardions les clowns entrer un par un, lorsqu’une clown entra. Mais dans la cabine de télé-portation théâtrale, il y avait aussi une mouche. Comme nous n’étions pas dans un film de science fiction,  la clown chassa tout simplement la mouche avec la main.

A ce moment là, pendant une seconde, nous avons assisté à un très grand spectacle. Ce geste et ce visage, ce tableau du clown chassant la mouche restera gravé dans ma mémoire, ce fut l’un des plus beaux moments qu’il m’a été donné de voir au théâtre et parmi les plus drôles. Si nous avions pu téléporter un ou deux historiens du théâtre, ils auraient pu s’en souvenir comme une nouvelle intrusion de l’insecte perturbateur dans l’histoire du théâtre. Mais ils étaient trop occupés à lire Lagarce. Tant mieux pour toi, sale mouche, tu ne perds rien pour attendre !

 

Ce sont des moments de prodige qui font toute la richesse d’un théâtre plus vrai que la vie, où le théâtre est enfin pour une seconde, rien qu’une seconde durant, beau et con à la fois.

 

Je finirai par faire remarquer à mon lecteur/ma lectrice perspicace que l’art de la mouche se vend mal en ce moment. Autant dire, personne ne spécule dessus. Les acheteurs n’en veulent pas. Surtout quand il s’agit d’un spectacle de clown. Je n’ai jamais vu un clown côté à Wall Street, ça n’intéresse pas les traders un spécialiste de la chute. Qui voudrait d’un spectacle d’art pur qui durerait une seconde ? Qui voudrait faire reposer l’investissement d’une compagnie qui joue à Avignon (soit au minimum 7000 euros pour la location d’un créneau pendant le Festival) sur les ailes d’une mouche ? En effet la mouche a des ailes bien trop frêles pour supporter le risque d’un investissement de 7 000 euros. Je précise que j’ai essayé d’attacher 700 billets de 100 euros sur les ailes d’une mouche et je peux vous dire que ça ne vole pas haut tout cela.

 

Donc pour finir, à moins qu’un papillon, d’un battement d’aile à Caracas, fasse s’effondrer Wall Street à New York,  nous devons en convenir,  nous vivons une époque difficile qui dure depuis plus qu’une seconde malheureusement.

 

 Sale temps pour les mouches qui n’osent même plus sortir au théâtre. Mais alors que font-elles ? De leur mille yeux écarquillés, elles regardent le 100 m papillon à la télé. Triste époque.

 

par Eric publié dans : Fantaisie communauté : Le clan des très littéraires
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Dimanche 10 août 2008


J’ai lu une interview du philosophe Gilles Deleuze où il parle du théâtre :

Le théâtre, c'est l'intrusion du Devenir. On veut y voir parfois le règne de l'Imaginaire... Ce n'est absolument pas imaginaire. C'est une bouffée de réel à l'état pur. C'est le réel. C'est, tout d'un coup, le réel qui arrive. Alors les gens ne comprennent pas. Ils ne reconnaissent pas. Ils se disent : "Qu'est-ce que c'est que ça ?". Les gens réels, enfin ! Les gens dans leur réalité ! C’est prodigieux ! Et qu'est-ce que c'est, les gens dans leur réalité ? Et bien: c'est le devenir... (…) C'est un devenir révolutionnaire sans avenir de révolution. (…) Ce sont des phénomènes de pur devenir qui prennent  les gens. Même des devenirs animaux, même des devenirs enfants, même des devenirs femmes des hommes, des devenirs hommes de femmes, tout ça... C'est ce domaine si particulier autour duquel on tourne depuis le début de nos questions: qu'est-ce que c'est au juste qu'un devenir ? En tous cas, c'est l'intrusion du devenir, le théâtre.

En fait, j’ai triché, j’ai remplacé dans le texte précédent les occurrences « 68 » par le « le théâtre ».

J’ai toujours eu le sentiment qu’une création théâtrale était une révolution, j’entends par là l’invention de rapports nouveaux à soi-même, aux autres, au monde, nouveaux concepts, nouvelles couleurs, nouveaux sons… On ne voit pas les choses de la même façon quand on sort d’une expérience d’art vivant.

 Je préfère « devenir un personnage » plutôt que le jouer (ou encore pire le très catholique verbe « incarner » !). Si les philosophes ont changé notre vocabulaire, il est vraisemblable que les artistes changent aussi leur manière de créer.

J’ai récemment travaillé avec une comédienne étonnante qui jouait un OS de cinquante ans obligé de faire des stages de communication dans son entreprise, d’accompagner un jeune étudiant dans son entrée à l’usine etc.

C’était merveilleux de voir comment Justine devenait cet OS au lieu de le jouer, au lieu de parler à sa place, de le représenter simplement.

 

Je n’aime pas « les pièces politiques à message », du type Dario Fo et compagnie (excepté Franca Rame, sa femme qui me parait beaucoup plus intelligente et sensible que lui). Souvent on nous sert du théâtre politique  fait de bons sentiments dont la forme est tellement ridicule, conservatrice, contre-révolutionnaire.

 

La révolution se fait d’abord dans la forme, s’il vous plaît, messieurs.

 

Certes, il y des révolutions ratées chez nous, des Napoléon et des Robespierre de cabaret, des histrions qui se prennent pour le Che, des vendus qui ne songent qu’à se ranger du côté des Versaillais.

Mais dans nos compagnies, nos stages, nos créations, nous vivons parfois des choses révolutionnaires…  Pas besoin de message politique. Il se passe parfois des choses tellement fortes, des émotions nouvelles, des visions tellement puissantes et des moments à vous clouer le bec que… le dire serait tuer la chose. Pas de message s’il vous plaît.

 

Il y a du révolutionnaire en nous. Comme Jules Vallès, les comédiens, même les comédiennes ont des poils !

Pas étonnant que ceux rêvent de jouer les présidents en se rasant veuillent tuer l’intermittence.

 

par Eric publié dans : Politique culturelle communauté : Le spectacle vivant
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Mercredi 6 août 2008

Il vous arrive parfois, au détour d’une remarque apparemment banale prononcée par un interlocuteur dans une conversation de sentir que vous êtes en train de vivre un moment historique. C’est ce qui m’est arrivé avec mon amie Céline en sortant d’un spectacle à Avignon.  Nous nous étions retrouvés pour voir ensemble un spectacle humoristique. Dès les premières secondes, j’ai senti que j’allais passer la soirée à tâcher de trouver une raison valable pour ne pas regretter d’avoir laissé le choix du spectacle à mon amie. Une heure de torture, une vraie torture, de celle qui joue avec la terreur physique et psychologique à la fois : un inconfort total, une température suffocante et puis surtout la terreur psychologique de la plus haute cruauté. Le comédien, devenu bourreau du spectateur exhibait les grosses ficelles comiques avec lesquelles il comptait nous pendre. Esprit pervers, admirateur de Desproges, il s’ingéniait à caricaturer « les trucs » du maître, déshabillant le génie et le laissant nu, livré à la foule stupide. Usant de l’intimidation psychologique et sadique, de celles qui jouent avec l’imagination anticipatrice du spectateur, il nous paralysait avec la prévisibilité de ses gags, comme lorsqu’un tortionnaire s’approche de vous avec tout un matériel électrique et que vous vous doutez bien qu’il ne cherche pas une prise pour brancher son téléphone portable (d’ailleurs ça ne capte pas à Guantanamo).

 

Nous voilà donc avec mon amie à la sortie de ce spectacle, survivant aux pires calembours qu’il nous fut donné d’entendre de notre vie. En fin analyste du spectacle, je me faisais pour moi tout seul ma petite critique de Télérama à moi lorsque mon amie dit une phrase qui me stupéfia : « Le public était mauvais ». Cette phrase me stupéfia comme je l’ai dit (je me répète mais c’est important). Ce qui me stupéfia, c’est que dans cette petite phrase stupéfiante, vous avez, en concentré, toute l’histoire de la politique culturelle française depuis Malraux.

 

Sur le coup, je me disais : « tiens quelle phrase ringarde ! » ou encore « comment le public peut-il être mauvais ? » ou enfin « tiens ça ferait un bon sujet au bac de philosophie du théâtre ». Mais, chers lecteurs, sentez-vous à quel point cette phrase resplendit dans toute sa beauté anachronique ? Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, un temps où le théâtre se voulait « élitaire pour tous », où on parlait volontiers d’ « école du spectateur », où la politique culturelle se donnait pour mission d’élever le spectateur et de rendre la culture accessible à tous sans la dévaluer.

Les rires bêtes du public plus bêtes encore qu’une bande-son de rires pour feuilleton américain avaient amené mon amie à cette formule lapidaire et vitézienne. Certes, le sens de la formule est plutôt négatif et constate amèrement la nullité du public de ce jour-là. Elle en voulait peut-être au comédien ou au spectacle de n’avoir pas su élever ce public abruti. Ou peut-être plus cyniquement elle regrettait l’absence des personnes qui pensaient comme elle (et comme moi), qui partageaient les mêmes valeurs et riaient aux mêmes (fines) plaisanteries, de ceux qui veulent s’élever (oiseaux ou poules ça dépend). Peut-être elle se sentait seule et remise en question dans cette solitude atroce où vous passez pour un idiot aux yeux des imbéciles.

 

Si une telle phrase était tombée dans des oreilles moins compréhensives que les miennes, mon amie aurait risqué de porter tel un stigmate le(s) noms de : fasciste, élitiste, ringarde etc. (cliquez sur le mot qui vous convient pour valider le sondage). Pourtant, Sarkozy ne dit-il pas que la démocratisation culturelle a échoué ? Donc que les gens sont restés des abrutis incultes ?  Sauf que lui s’en fait le défenseur poujadiste (et il mérite la légion de déshonneur des arts et des lettres).

 Les gens de gauche, continuent à croire à la démocratisation culturelle et osent encore condamner la bêtise et les rires gras (je ne parle même pas de ce spectacle quand même méritant, mais de ce qui passe à la télévision).

Voilà le modèle français et républicain de l’école, de la politique culturelle. Le public peut être mauvais et il n’a pas toujours raison. L’œuvre artistique ne se consomme pas, sa valeur ne dépend pas du public. C’est à lui de s’élever vers l’œuvre (afin que l’œuvre théâtrale parachève son sens). Le public n’est pas un consommateur. Curieux que cette façon de voir les choses s’est imposée même au théâtre, art social s’il en est.

Que dire pour aujourd’hui ? Les éducateurs ne sont plus ce qu’ils étaient, et si on joue à ce petit jeu de la République des lettres et des arts, combien de professeurs et de directeurs de théâtre d’aujourd’hui, démissionnaires ou incultes par paresse et docilité médiatique, ne survivraient pas  à mon jeu de massacre critique. Donc les éducateurs manquent. Nombreux sont les méritants qui n’accèdent pas à la charge faute de place et de restriction budgétaire. En gros, ce que je veux dire c’est : de moins en moins de gens pour éduquer.

 

Que dire pour demain ? Eh bien laissons les rires gras rire devant la télévision, les éducateurs pontifier dans le vide et faisons confiance à la force des œuvres de l’esprit et de l’art. Les spectacles mauvais resteront mauvais, et les bons continueront à illuminer notre ciel. Pour une petite minorité, mais peut-être aussi, je l’espère, pour de plus en plus de gens. Je ne sais pas d’où vient mon optimisme viscéral mais je crois vraiment aux artistes et aux penseurs, et à leur force lente de conviction.

Je n’ai pas envie de regretter un quelconque passé où la Culture pour tous se portait mieux. Je crois d’ailleurs que tout cela est derrière nous, que peu de gens y croient encore pour l’avenir et que les intellectuels et les responsables culturels encore en place ne font pas le poids avec ceux d’hier. Donc, cela veut bien dire qu’on a affaire à une fin de race et que tout cela est bien fini mais cela ne veut pas dire qu’il faut se résigner ni regarder en arrière. Car regarder en arrière nous fait manquer ce que font les artistes d’aujourd’hui sous nos yeux. Je suis méfiant avec la nostalgie, et ironique comme Brassens, je chante : « Il est toujours joli le temps du passé… ».

 

Vous êtes priés de lire cette dernière phrase avec un petit sourire au coin de la moustache, comme le faisait Brassens, et d’éviter les rires gras car si mon amie vous entend, je ne réponds plus d’elle.

 

par Eric publié dans : Politique culturelle communauté : blog Ministre de la Culture
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Jeudi 31 juillet 2008

Je consacrerai ce billet à parler de mon pizzaïolo. J’aperçois déjà la difficulté de l’exercice cachée sous l’humour du titre. On va croire que je raconte des histoires pour me rendre intéressant et que j’ai trouvé là un sujet drôle et vendeur. Que nenni, il s’agit bien de la vérité, rien que de la vérité.

Présentons d’abord le bonhomme, il s’occupe d’une pizzeria qui ouvre quand il veut, et qui fait les meilleures pizzas de Lyon et les moins chères. On n’y vend point de boisson car, m’a-t-il dit un jour, il est « pizzaïolo et non barman ». L’homme est bourru au premier abord et d’une franchise à vous déshabiller de tous les oripeaux sociaux qui passent d’habitude inaperçus.

Un jour que je n’avais rien à faire, je m’amusai à classer mes amis en plusieurs catégories : j’en ai trouvé trois au moins qui me paraissent pertinentes : les agrégés de philosophie, les artistes professionnels et les rien du tout (catégorie dont je suis Président en exercice). Lorsque je converse avec mes amis agrégés de philosophie, j’adapte mon langage et essaie de me hisser tant bien que mal au sommet du concept, la paroi de la langue étant glissante et parfois pointe une idée originale que j’avais au bout de la langue, saupoudrée d’un grain d’ironie sur l’époque. Avec mes amis artistes professionnels, je me dois de parler avec émotion d’un film et avec colère de l’époque. Avec les riens du tout (dont je suis le Président, je le rappelle), nous parlons des filles.

Or, ces exercices d’acrobatie langagière et mentale, cette sur-adaptabilité aux conditions sensibles d’autrui m’épuisent littéralement et je passe parfois des semaines sans voir personne. L’autre jour que j’avais à peine commencé ma retraite, je croise mon pizzaïolo dans la rue. J’avais envie de parler et lui aussi. Je me sentais vraiment à l’aise. Je veux dire que je n’avais ni alpinisme conceptuel ni athlétisme émotionnel à faire, et nul torticolis ne menaçait mon cou à chaque entrée d’une nouvelle fille dans le bar. Au contraire, nous nous sommes arrêtés debout, au milieu de la rue, endroit idéal pour refaire le monde comme l’on dit. Et avant de le refaire, nous avons massacré l’époque afin de faire de la place pour nos idées. Nous avons évoqué des sujets très sérieux en vogue dans les cercles les plus en vue des cafés du commerce du quartier.

Il y a des idées que je n’ose formuler auprès de mes amis philosophes par exemple : « à quoi sert le nez ? Pourquoi a-t-il cette forme ? Pourquoi n’avons-nous pas une oreille à la place du nez ? ». Il est vrai que c’est un terrain sur lequel je n’ose m’aventurer par peur de perdre toutes les prérogatives que confère la considération de votre ami, lequel ami vous classe dans la catégorie des êtres rationnels certes non agrégés de philosophie mais susceptibles de formuler une idée  intéressante par année et surtout capable de patience et d’écoute silencieuse lors de la récitation de leur théorie contemplative de l'homme d'action. Par peur aussi que l’ami fasse au Candide que je suis la réponse de Pangloss : « le nez est fait ainsi pour que nous portions des lunettes ». Réponse à laquelle je souhaiterais répondre à mon tour, non sans le masochisme de celui qui s’enfonce complètement  dans les sables de l’irrationnalité : « et tu crois que l’avant-centre de l’Olympique lyonnais, il porte des lunettes ? Parce qu’il n’en portera jamais des lunettes alors qu’il a un nez comme toi. Comment expliques-tu qu’il porte un nez alors qu’il n’a pas fait la préparation à l’agrégation et qu’il n’a pas lu un livre de sa vie ? ».

Lecteur intelligent, tu sais que le postulat sous-jacent à ces questions métaphysiques est que : « lire fatigue les yeux et invite à porter des lunettes sur le nez. ». Malheureusement je doute que le sujet tombe à l'agrégation de philosophie, dommage.

Pour en revenir à la conversation au milieu de la rue avec mon pizzaïolo, le miracle se produisit, nous n’avions parlé ni de filles ni de nature et culture, mais j’osai lui livrer mon idée annuelle. Je n’ai même pas eu peur d’être jugé ou qu’on me réponde de façon docte et désagréable à la Pangloss. Cette idée c’était cette impression que j’ai : « les villes manquent d’animaux, nous vivons qu’entre humains et j’aimerais croiser plus souvent des panthères, des vaches, des chèvres et des dauphins ».

 

Croyez-vous que l’homme fut surpris, pas du tout, il acquiesça comme si je venais de dire une lapalissade, alla même dans mon sens et en  quelques mots me fit apercevoir sa doctrine nietzschéenne de la vie sociale, et de l’homme, pauvre animal qui vit dans un milieu naturel impropre : autrui !

Mes amis agrégés n’auraient pas réagi avec tant de philosophie, mes amis artistes m’auraient fait un discours pontifiant et moralisateur sur les relations humaines et l’humanité des arts vivants, les riens du tout ne m’auraient pas écouté parce qu’une fille nous aurait croisés à ce moment-là.

 

 Bref je dois ajouter une quarième catégorie à mon découpage amical : je les appellerai les « eux-mêmes. » Je devrai me contenter de la vice-présidence parce que le poste de président est déjà pris.

Enfin c’est pas pour noyer l’hameçon, mais l’histoire de la mouche, je l’ai promise, je vous la livre demain, c’est promis ! Vous la réclamez n’est-ce pas ? Laissez des commentaires pour m'encourager parce que, vous savez, c'est une histoire très difficile à raconter.

 

par Eric publié dans : Fantaisie communauté : Le clan des très littéraires
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Lundi 28 juillet 2008

 

Avant de reprendre l’histoire du clown et de la mouche, un petit article transversal sur les XXVIII èmes Rencontres de la Culture du parti socialiste qui ont eu lieu les 14 et 15 juillet 2008 en Avignon et auxquelles j’ai participé.


Parmi les débats et les intervenants prestigieux (Jean Nouvel par exemple), l’exposé du philosophe Bernard Stiegler m’a particulièrement intéressé. J’avais déjà lu son interview dans le magazine Mouvement des mois de juillet et août et le bonhomme a été à la hauteur de mes espérances. Je le classerai volontiers dans le rang des personnalités qui élèvent le débat au sein du parti (ça ne fait pas de mal). Je vous livre donc quelques réflexions qu’a suscité chez moi son intervention et particulièrement l’injonction qu’il adresse aux artistes de « sortir de leur réserve d’indiens ». Prenez ce billet comme réponse et prolongement, camarade.

La formule décape, elle donne à penser. Elle est efficace et fait mouche (sic). Alors comme ça, nous les artistes, nous vivons dans des « réserves d’indiens ».   Ce syntagme fait écho chez moi, chez l’artiste et touche un point sensible. Qu’évoque tout d’abord la formule ? Ce jeu auquel nous jouions enfants dans les cours de récréation. Et c’est tout le caractère puéril de l’acte artistique qui se révèle dans cette expression de « réserve d’indiens ». Oui, nous sommes ceux qui jouent aux cow-boys et aux Indiens, nous sommes ceux qui dans la société avons gardé ce rapport si fort à l’enfance, ceux qui ne comprennent pas le sens de « travailler plus pour gagner plus », ceux qui souhaitent « vivre mieux », ceux qui veulent changer le monde encore et encore ne serait-ce qu’en donnant vie à un spectacle ou une œuvre d’art, ceux qui ne comprennent rien aux paroles de certains dirigeants socialistes qui prétendent que le monde a changé et que donc il n’y a plus grand-chose à changer maintenant.



Mais allons plus loin, si nous vivons, artistes, dans « des réserves d’Indiens », c’est que nous sommes une minorité, une minorité qui vit entre soi, c’est que notre pays, nos terres ont été colonisées, que nous avons perdu une bataille, que nous avons perdu la guerre. Le monde de l’argent nous a vaincus et cette réalité, nous ne pouvons l’ignorer. Stiegler veut-il aussi parler de la conquête de la France par la culture des cow-boys ? Comment peut-on être indien ?



Ce constat décape nos certitudes. Notre besoin de vivre entre nous, séparés des « vrais gens », ce désir de vivre hors des circuits de l’argent, du « commercial » etc. fait de nous non pas des résistants ou des saboteurs de train mais des Indiens, des massacrés, des génocidés, des vaincus, des décadents plus ou moins gangrénés par l’alcool (allusion aux réserves américaines) ! Si nous voulons être forts, nous devons accepter la critique. Nous sommes des Indiens dans leur réserve (à tous les sens du mot) et donc nous devons sortir de notre réserve et devenir des résistants.



Merci Monsieur Stiegler, vous avez mis des mots dans ce que je sentais depuis longtemps. Je sens que le monde artistique vit en vase clos, retiré dans les bons sentiments peu efficaces, dans une hypocrisie et un assistanat comme mode de vie. Qu’est-ce que je veux dire ? Je veux dire que nous sommes hypocrites au sujet de l’argent dans la belle tradition des pays catholiques. Combien ai-je vu d’artistes parler de « don gratuit », de refuser de parler d’argent au moment de la signature d’un contrat (argent sale), de vilipender d’autre part le théâtre commercial (argent sale) ! Et j’ai vu les mêmes se plaindre qu’ils touchaient trop peu d’Assedic (argent propre) ou bien aller réclamer des subventions (argent propre) à tort et à travers sans envisager d’autres sources de financement (argent sale). Tout cela pousse évidemment à la contradiction voire l’hypocrisie, je connais un comédien qui vilipende le monde de l’argent (toujours sale) et qui voudrait que les cours de théâtre qu’il donne en MJC soient gratuits pour tous et surtout pour les pauvres (gentils), et qui, pour vivre, anime les séminaires des cadres de grandes entreprises capitalistes (méchantes). Difficiles contradictions de l’Indien qui est bien obligé de quitter de temps en temps sa réserve.



Aux Etats-Unis, c’est l’Etat fédéral qui subventionne les réserves, et les Indiens complètent leurs revenus en vendant leur artisanat.  Est-ce vraiment comme cela que nous voulons vivre ? Si nous continuons à parler ce vocabulaire (dont l’expression « notre art est un artisanat »), c’est cela qui nous attend.



Il y a plusieurs types de réserves dans ce que j’ai observé : il y a les réserves des gens de théâtre qui vivent dans le mythe du théâtre public, mythe auquel eux-mêmes ne croient plus mais qui continue à jouer le rôle de totem de leur village. Il y a les réserves d’artistes avant-gardistes, danseurs, performers, plasticiens qui pratiquent l’improvisation, le théâtre de recherche etc. Ceux là sont des hippies plus ou moins aidés selon les modes par les autorités publiques et qui vivent dans un collectif fantasmé, une révolution esthétique d’autant plus improbable que chimérique. Il y a aussi d’autres, Indiens méprisés de leurs semblables et qui vivent de leur art plus commercial peut-être : matches d’improvisation, café-théâtre, one-man show, cabaret, revue, théâtre privé, humoristes. Ceux-là doivent adopter la koinê (langue) des autres Indiens s’ils veulent être acceptés et intégrés. Il y a enfin les stars médiatiques et les artistes intégrés au système qui sont sortis de leur réserve, ceux-là sont des « traîtres ».

La formule provocatrice de Bernard Stiegler pousse ainsi au débat et à l’action. Je ne crois pas que nous puissions lui donner une réponse définitive et tranchée du type : « oui, sortons de notre réserve ! » ou « non restons-y ». Mais il y a une chose qui m’apparaît très clairement : nous ne faisons pas peur à grand-monde lorsque nous jouons une pièce militante de Dario Fo pour des déjà convaincus dans un théâtre subventionné, nous n’effrayons personne avec nos spectacles de soutien aux sans-papiers auxquels assistent toujours les mêmes, nous ne révolutionnons rien du tout avec nos révolutions esthétiques tocs…



Ariane Mnouchkine déclarait aux professionnels réunis au Théâtre de l’Odéon, le 27 février 2008 : « Nous devons nous faire comprendre de nos compatriotes, qui pour beaucoup nous rejettent dans une nomenklatura de privilégiés ».



Nous devons ainsi sortir des réserves, nous intégrer, cesser d’être aussi faussement naïfs, vivre au temps présent.  Cesser d’emprunter une langue de curé qui n’est pas la nôtre. Les réserves sont aussi des clans fermés sur eux-mêmes : intéressons-nous à la philosophie, aux sciences, à l’histoire etc. Créons des passerelles entre les disciplines. Créons avec notre temps : internet, images numériques etc.



Nous avons beaucoup à gagner et notre art aussi si nous entendons ce message, si nous parvenons à vivre ce temps si terrible et si excitant qui est le nôtre. Cessons de nous réfugier dans le passé, dans des concepts naïfs et dépassés, dans nos réserves d’Indiens.


Hum… j’y pense : ce que Bernard Stiegler ne nous dit pas, et c’est normal car c’est un politique et qu’il ne serait pas dans son rôle, c’est que les artistes sortis de leurs réserve peuvent enfin s’attaquer à la diligence !

 

Plus sérieusement, je nuancerai enfin les propos du philosophe par cette citation du metteur en scène Claude Régy.

 « Il faut créer des lieux de silence. Savoir que cela existe dans une ville aiderait peut-être à vivre. » Claude Régy.

 

Enfants-bulles enfin libérés, nous reviendrons sûrement tôt ou tard à nos chères réserves –c’est notre destin d’artistes- mais nous serons alors plus forts et immunisés, vivants et non rétrogrades.

 

Créons de nouvelles réserves, devenons indiens.

 

par Eric publié dans : Politique culturelle communauté : statut de l'artiste
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